3 synonymes de « Aimer »
Aimer, est-ce un sentiment ? Mais aimer n’est pas un verbe d’état… C’est un verbe d’action. Aimer est donc un acte. Aimer et « être amoureux » sont, en fait, deux choses différentes.
La langue française est ainsi faite qu’elle utilise le même verbe, aimer, pour des réalités très différentes. Or, nous le savons bien : on n’aime pas une autre personne de la même façon que l’on aime le chocolat, le
cassoulet ou le travail bien fait. Évacuons la trivialité et contentons-nous de restreindre le sens du verbe aimer à l’amour entre deux personnes : nous avons encore affaire à une réalité complexe. Complexe au point que
les Grecs utilisaient trois mots pour essayer de la cerner : érôs, philia et agapè.
Eros/Philia/Agape
Trois mots pour désigner trois façons d’aimer, ou plus justement, trois dimensions de l’amour.
Erôs désigne, en caricaturant, un amour dont la finalité est égocentrique, le désir de posséder l’autre pour en jouir.
Philia désigne l’amour d’amitié, celui qui naît de la sympathie naturelle entre deux êtres.
Enfin, Agapè désigne l’amour gratuit, libre et désintéressé que l’on porte à un être, il naît de l’estime qu’on a pour lui ou simplement du choix par lequel on le prend comme objet de son amour.
L’amour entre deux personnes en général, entre un homme et une femme en particulier, n’embrasse pas immédiatement ces trois dimensions. Notre instinct nous pousse à voir l’autre d’abord comme « utile ». L’amour Eros n’est pas que sexuel : « j’ai besoin de toi », « tu me manques »…
L’amour d’amitié, Philia, se construit à deux. Dans la communication (la maitrise des langages de l’amour, est au service de la construction et de l’entretien de cet amour d’amitié). Je me sens bien avec toi, parce que tu te sens bien avec moi…
Mais Eros et Philia tout seuls, ça n’est pas encore aimer pleinement. C’est de l’ordre de « être amoureux ».
L’étape suivante, n’a rien à voir avec un sentiment livré aux variations saisonnières de l’affectivité : il s’agit d’une décision, celle de s’attacher à quelqu’un à qui l’on donne des droits sur soi et il s’agit des actes concrets qui nourrissent cette décision. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.
Les actes concrets de cet amour Agapè s’incarnent dans un mot d’actualité : prendre soin. Non pas prendre soin de soi, mais prendre soin de l’autre. Les soignants savent professionnellement ce que c’est que prendre soin. Ils savent aussi combien cela peut coûter, parfois. Aimer d’Agapè coûte, mais c’est aussi source de bonheur.
Nous ne sommes pas appelés à « quitter » Eros et Philia pour aimer d’Agapè. Dans le couple humain, ces trois dimensions sont appelées à être présentes, car elles sont présentes en Dieu lui-même.
S’engager dans le mariage, c’est manifester cette décision. Si vous êtes là, c’est que vous êtes passés de l’amour sentiment à l’amour volonté. Aimer, c’est vouloir aimer.
Ce que disait Bismarck à sa jeune épouse : « Madame, je ne vous ai pas épousée parce que je vous aimais, mais pour vous aimer ». Tout cela peut paraitre un peu aride, mais la bonne nouvelle c’est que cet amour, il n’est pas de nous. Il passe par nous, mais nous le recevons d’abord de Dieu, car Dieu EST amour. Ainsi, cet amour qui est le motif de votre mariage (pour vous aimer), il ne vient pas de vous. Et c’est une bonne nouvelle, car cela signifie que cet amour est inépuisable. Par le mariage, vous devenez non seulement signe, mais canal, moyen, l’un pour l’autre, de l’amour de Dieu.
